J’aime les ados #3

Bonjour les Gens !

Me voilà de retour ! Je suis en vacances depuis vendredi (17 février) 16 heures. Hihaaa ! J’étais à un poil près de m’endormir devant mes élèves : 7 semaines non stop. Ça râle beaucoup, cette histoire de zones de congés : les enfants sont fatigués, les profs aussi, c’est inadmissiiiiiiible et blablabla. C’est vrai, les enfants sont crevés. Lors d’un remplacement en CP, les petites filles faisaient encore plus d’histoires que d’habitude (ah, les filles !) et les petits gars… ben… ils tombaient, ils se faisaient des croche-pattes à eux-mêmes. Mais je ne vais pas vous étonner, le bien-être des enfants, on n’en a rien à faire… Le lobby du tourisme par contre, là, c’est important, ça rapporte des sous-sous. BREF ! Ce billet n’a pas pour objet la politique de l’Éducation Nationale.

Dans mes précédents articles relatant ma nouvelle « passion » pour les adolescents ici et , je racontais ma nouvelle expérience dans l’enseignement spécialisé. Je suis arrivée dans le département, j’ai demandé un poste de Brigade Départementale (aka BD) sauf que je n’ai pas fait attention : j’ai demandé une circonscription gérant l’enseignement spécialisé. Quand on est étudiant-enseignant, on nous décrit l’ASH (enseignement spécialisé) comme un truc diabolique, des gamins diaboliques et des cas sociaux. Donc, c’est la panique totale si on tombe sur un poste de ce genre. C’est ce qui m’est arrivé. En septembre. J’ai pleuré tout un weekend à l’idée d’aller pendant deux semaines en EREA (Enseignement Régional d’Enseignement Adapté) de m’occuper d’ados, de passer une nuit en internat avec des filles de 11 à 18 ans… Finalement, tout s’est bien passé et mon remplacement a duré quatre semaines complètes.

L’objet de cet article est de vous raconter quelques perles et punchlines de ces élèves. Attention, ça va piquer les yeux ! Âmes sensibles, passez votre chemin.

Par la suite, pendant trois semaines en janvier, j’ai été envoyée à 25km de chez moi, dans une structure dépendante d’un collège : SEGPA (Section d’Enseignement Général Professionnel Adapté). J’avais des élèves de la 6ème à la 3ème. Ce sont des élèves en grandes difficultés scolaires (la plupart avec une petite déficience intellectuelle). Et bien… mises à part les grosses chutes de neige et les températures polaires, ça m’a bien plu. J’avais en charge les disciplines qui me plaisaient (français, histoire et anglais) et surtout l’équipe pédagogique était au top et elle m’a beaucoup aidée.

Allez… 1ère perle !

En 5ème SEGPA, on travaille sur un texte où un jeu de société est décrit. Il faut expliquer, par écrit et à l’aide d’un dictionnaire, ce qu’est une « case vierge ».
Vous allez rire… J’ai le résultat : « c’est une case qui n’a jamais eu de relations sexuelles ».
– Bah quoi ! C’est écrit dans le dictionnaire !

Et la réponse d’un élève, un peu plus « éclairé » : « Ils sont pas vierges, les cases (oui, on mélange masculin et féminin), les pions y sont montés dessus ! »

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Quelque chose de mignon (parce qu’il en faut bien)

Quand les petits 6ème (SEGPA) ne maîtrisent pas encore le vouvoiement et m’appellent « Maîtresse » et non « Madame » (d’ailleurs, j’ai du mal aussi) :
– Hey ! Tu peux venir voir mon cahier ?
– Tu ? On dit Vous.
– Pourquoi tu dis ça ? Je t’ai pas dit tu, je t’ai dit vous… Ah non, je t’ai dit tu… Faut que je te dise vous… Faut que je VOUS dise VOUS !

Tout un tas d’autres perles

Depuis le mois de novembre, très régulièrement, je remplace en ITEP (Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique) car le collègue passe sa formation d’enseignant spécialisé. Je suis sensée enseigner à des ados de 16 ans souffrant de troubles du comportement (sept gars). J’étais pas chaude à l’idée d’être avec ce genre d’élèves mais je suis épaulée par des éducateurs spécialisés hyper compétents avec qui je rigole bien (faut rigoler pour ne pas pleurer). Si en l’espace de trois heures, je bosse une heure, je peux dire que j’ai gagné ma matinée. Gros gros problèmes de concentration.

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(La fille avec le portable est un de mes élèves, enfin tous. Le moniteur est un des éducateurs et moi, je suis le flic accroché à la voiture)

Vous êtes prêts ? Je commence !

1) – (moi) Pas cours cet après-midi !
– (S.) Chouette ! On va aller en ville niquer des mères !
– (L., l’éducatrice) Laisse les mamans tranquilles !
– (N.n°2) Ouais ! Laisse les mères tranquilles ! Essaie les sœurs !

2) – (moi) S., ça suffit, vas faire un tour dans le couloir histoire de t’aérer tes neurones ! … Enfin si t’en as !
– (N.n°1) Wouah ! Ça, c’est de la punchline !
– (S. à moi) Ouah meuf ! Arrête de faire ta racaille ! C’est parce que t’es une femme que… Vous êtes bonne qu’à faire le ménage, vous servez à rien !
– (M., l’éducateur) Au moins, elles servent à quelque chose, elles !

3) Le collègue que je remplace m’avait dit qu’en français, je pouvais faire du niveau collège. Je décide de faire du simple en travaillant sur les préfixes.
Le préfixe dans « illettré », c’est IL. OK.
Et dans « analphabète » ?
Je vous laisse répondre.

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4) – N.n°1 C’est trop chelou que t’es végétarienne… Mais… T’as du sang vert ou t’es normale comme nous ?

5) – N. n°1 à N. n°2 : mais ferme-la ou je t’enc***
– n°2 à n°1 : ah ouais ? Je croyais que t’étais anti-pédé ?
– n°1 à n°2 : …….. (engrenages dans le cerveau) Han ! Mais si tu prends tout au premier degré, hein !
Sympa, hein ? Chez ces élèves, ils ne sont pas racistes du tout mais qu’est-ce qu’ils sont homophobes !

6) Séance de sciences sur les volcans : éruptions effusives et éruptions explosives. On arrive à comprendre que tout dépend de la consistance du magma (fluide ou visqueux) et de la présence importante ou non de gaz dans ce magma. S’il y a beaucoup de gaz et du magma visqueux, cela donne une éruption explosive. S’il y a peu de gaz et du magma fluide, une éruption effusive.
  D. : Ah ouais, j’ai compris, c’est comme quand on va chier !

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7) Chronique d’une journée ordinaire :
S. (à moi) : Toi, je t’aime pas, t’es moche !
S. (à l’éducateur) : Toi, je t’aime pas, t’es gros !
S. (à l’éducatrice) : Toi, je t’aime pas, t’es pas belle et tes bras, on dirait de l’eau tellement ils sont flasques !

8) Questionnaire sur un texte (récit fantastique) :
– Que ressens-tu à la lecture de ce texte ?
N. n°2 : « Rien du tout »
 D. : « Cheap ! Je les pas lue. » (Traduction : « je l’ai pas lu »)

Petite précision, je croyais que cheap voulait dire « bon marche » en anglais. Sauf que les élèves en question ne parlent pas anglais. Après m’être renseigné, c’est le verlan de « J’sais (ché) pas (ap) ». Ou comment se sentir très vieille en deux minutes.

9) Je raconte l’histoire du Minotaure. La seule chose qui les a marqués :
– QUOI ! La meuf de Minos, elle s’est fait ken (note de la traductrice : niquer) par un taureau ?? Mais c’est dégueulasse !

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10) N. n°1 : T’es très élégante aujourd’hui !
Moi : Merci
N : Si, si, t’es particulièrement élégante et t’es très belle…
Moi : Merci merci… travaille…
N : C’est pour moi que tu t’es faite si belle ? (d’habitude, je suis un thon). Tu viens manger avec moi ?
Moi : Non. Tu as 16 ans et je suis ta prof !

11) N. n°1 me montre les muscles de son avant-bras droit et me dit très naturellement :
– Tu sais comment on l’appelle ce muscle-là ?
– (Moi, prudente) : nooon ?
– C’est le muscle de la branlette !
– (en train de décéder sur place)
– La tête que tu fais ! Je te jure, c’est vrai !

N. n°1 en question n’a aucun filtre. Il ne se rend pas compte de ce qu’il peut dire ou pas et à qui. Il avait mal « aux boules » et pensait faire une poussée de croissance. Il était, en plus, persuadé que c’était des organes dont la croissance ne s’arrêtait jamais. Fou rire des éducateurs et moi.

12) D. : De toutes façons, si on fait une prise de sang à S., c’est pas du sang qui sort, c’est du shit en poudre !

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Dans ce genre de structure, j’ai appris le lâcher-prise et une grande souplesse. Les élèves ne veulent pas travailler ? Ne t’acharne pas, ce serait pire. Ils te tutoient, ok. Ils jurent comme des charretiers, youpiii ! Le pire, c’est que je me mets à utiliser les mêmes termes dans ma voiture.

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Ils t’insultent, tu réponds « d’accord » et tu montres que ça te touche pas, les éducateurs prennent le relais. En tout cas, au rythme où ils s’en battent les c***, où je leur les pète ou leur les casse, ils ne pourront plus assurer leur descendance.

Parfois, j’ai de grands moments de découragement. J’ai l’impression de ne servir à rien. Ils n’ont pas envie de travailler, ils sont en colère contre la société (« la société, j’la baise ! » / « c’est de l’esclavage de pas se faire payer pour son stage ! »), ils pensent que tout leur tombera tout cuit dans les mains (« je veux me faire émanciper pour avoir mon propre appartement ! » – « et qui paiera le loyer ? » – « Ben je demanderai à ma mère ! »). A part N.n°1, aucun d’entre eux n’a de déficience intellectuelle : ils ne seraient pas là s’ils avaient grandi dans un milieu familial structurant. La plupart des gars sont très intelligents. Pour moi, c’est un vrai gâchis.

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C’est « drôle » mais j’étais vraiment fâchée avec le métier. Je découvre un autre aspect de la profession et je me demande si je ne vais pas passer la formation d’enseignante spécialisée dans une année ou deux. Est-ce que la Rois’ d’il y a quinze ans l’aurait cru ?

En tout cas, c’est dur mais on rigole bien !

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